L’histoire de la maison

Village vigneron au pied de Sancerre, Saint-Satur s’étire entre coteaux et rivière, dans un paysage où la vigne et la Loire dialoguent harmonieusement.

En lisière du bourg, face à une réserve naturelle protégée, nous vous proposons cette petite maison de pays, patiemment restaurée dans le respect scrupuleux de ses matériaux et de son histoire.

Elle forme l’une des deux ailes autonomes de la Maison Jeanne d’Arc, demeure du XVIIe siècle qui fut jadis celle d’un maître armateur, à l’époque où Saint-Thibault – faubourg de Saint-Satur – vivait tout entier du commerce fluvial et de la pêche.

La Maison Jeanne d’Arc et sa grille, dans la lumière du soir

La maison principale, où résidait le maître du logis, conserve encore aujourd’hui un escalier à balustres de bois tourné, typique des intérieurs Louis XIII, ainsi que des plafonds « à la française ».

Ses deux ailes, disposées en retour d’équerre, avaient chacune leur vocation spécifique.

La première, vaste et haute, était dédiée à l’exploitation commerciale : elle abritait un entrepôt où l’on stockait les marchandises – vins, bois, denrées – avant leur acheminement par voie d’eau. Remaniée au XIXe siècle, son extrémité devint plus tard une élégante résidence d’été.

L’autre aile, celle que vous occupez, était sans doute dévolue à la domesticité. Ses poutres et sa charpente à deux pentes, marquée d’une ligne de bris, sont d’origine.

Poutres d’origine et cheminée du séjour

La demeure a longtemps subi les caprices du fleuve : le rez-de-chaussée fut parfois totalement inondé mais jamais les épaisses murailles ne cédèrent.

La Loire, fantasque et majestueuse, impose néanmoins sa loi : son courant vif, ses méandres serrés, ses crues et ses étiages rendaient la navigation périlleuse. Les mariniers de Saint-Thibault s’y illustrèrent par leur hardiesse et leur adresse, dont la renommée leur valut d’être souvent appelés à servir la Marine royale.

Pour échapper aux humeurs du fleuve, le canal latéral à la Loire fut creusé au XIXe siècle. Il scella le déclin irréversible de la batellerie, mais non celui de son souvenir : les traditions marinières demeurent encore palpitantes dans le cœur des villageois et chaque année lors des fêtes de la Saint-Roch, patron des mariniers, son illustre passé est célébré par des joutes sur la Loire et des processions à la chapelle dédiée.

Une demeure aux mille vies

Après son passé maritime, la Maison Jeanne d’Arc connut bien des métamorphoses. On murmure ainsi qu’elle fut, un temps, une maison de tous les plaisirs : la profusion de bidets disséminés dans les chambres et la statue lascive accueillant les visiteurs à l’entrée en seraient les témoins muets.

Voulant laver la demeure de cette souillure, l’un de ses propriétaires – curé du village – lui donna le nom de Jeanne d’Arc, en gage d’une pureté recouvrée. Pour mieux conjurer le malin et ses tentations, il fit suspendre à la vue de tous une médaille de pierre à l’effigie de la Pucelle, pour rappeler ostensiblement les vertus de la chasteté.

Mais le passé de la maison, peut-être, l’enflamma plus qu’il ne le sanctifia. Ou bien fut-ce la fougue de la Loire, voisine indocile au lit changeant, qui troubla les résolutions quiètes de son âme ? Toujours est-il qu’il fut surpris avec sa servante dans des circonstances qui ne laissèrent guère de doute sur ses impudiques intentions. Il fut défroqué, mais conserva la maison où il fit creuser un discret autel pour continuer d’officier pour ceux de ses fidèles qui lui restaient néanmoins dévoués.

À sa mort, son héritier, incapable d’acquitter les droits de succession, dut se résoudre à céder les deux sections orientales de chacune des ailes. Nous sommes alors en 1930, et la Maison Jeanne d’Arc se voit ainsi amputée de ses deux extrémités.

Nous avons racheté l’une d’elle pour reconstituer en partie l’intégrité de la demeure et la proposons aujourd’hui à la location.

Lever de soleil dans la brume sur la Loire

Depuis ses fenêtres, la Loire, maîtresse fidèle des lieux, déploie ses reflets mouvants et sa lumière irisée, comme un témoignage de l’histoire riche et mouvementée des logis qui la bordent et de leurs habitants.